Stellantis envisage d’utiliser la technologie chinoise de véhicules électriques de Leapmotor
Cette décision pourrait conduire le géant européen à s’appuyer, pour ses futurs modèles, sur une architecture et des logiciels développés en Chine.
Le monde automobile est peut-être à l’aube d’un tournant historique. Stellantis envisagerait d’exploiter la technologie de véhicules électriques de son partenaire chinois Leapmotor pour ses marques de volume en Europe. C’est ce que rapportent plusieurs sources à Bloomberg.
Si ces projets se concrétisent, de futurs modèles de Peugeot, Opel et Fiat, entre autres, seraient en partie basés sur une architecture de véhicule, des systèmes de batteries et des logiciels chinois. Ce serait la première fois qu’un grand constructeur automobile occidental utiliserait une technologie chinoise de véhicules électriques comme base de sa gamme européenne.
Approfondissement de la coopération existante
La collaboration entre Stellantis et Leapmotor a débuté en 2023, lorsque Stellantis a investi environ 1,8 milliard de dollars pour acquérir une participation d’environ 20 % dans le constructeur chinois, participation depuis diluée à environ 15 %. En mai 2024, la coentreprise Leapmotor International a également été créée, Stellantis en détenant une participation majoritaire de 51 %.
Aujourd’hui, Stellantis commercialise déjà des modèles Leapmotor via son réseau de concessionnaires en Europe, dont le SUV C10. La prochaine étape envisagée irait toutefois bien au-delà de la simple distribution. Les partenaires étudient la possibilité d’intégrer directement les plateformes électriques, les packs batteries et les systèmes de propulsion de Leapmotor dans de futurs modèles des marques de volume européennes du groupe. Selon des sources proches du dossier, les discussions en sont encore à un stade préliminaire, mais les deux parties visent un accord dans le courant de l’année.
La réduction des coûts comme priorité
Le calendrier de cette réflexion stratégique n’est pas anodin. Stellantis a récemment enregistré un choc financier d’environ 26 milliards de dollars sous forme de dépréciations et de charges, tandis que ses parts de marché et sa rentabilité sont sous pression. La concurrence sur le marché européen est particulièrement intense. Des marques chinoises comme BYD gagnent rapidement du terrain, tandis que des rivaux historiques tels que Volkswagen AG et Renault accélèrent leurs stratégies d’électrification.
Les constructeurs chinois sont réputés pour leur rapidité de développement et leur structure de coûts plus légère. Les nouveaux modèles y sont souvent lancés en un temps nettement plus court que chez les constructeurs européens. En s’appuyant sur des technologies chinoises existantes, Stellantis pourrait non seulement réduire ses coûts de développement, mais aussi lancer plus rapidement des modèles électriques abordables dans les segments clés B et C. Pour des marques comme Fiat, Opel et Peugeot, où les marges sont traditionnellement sous pression, cela pourrait constituer un levier déterminant.
Défis réglementaires et géopolitiques
Un approfondissement de la coopération technologique avec un partenaire chinois n’est toutefois pas sans risques. Tout accord devra respecter les règles européennes strictes en matière de protection des données. De plus, aux États-Unis, des restrictions entreront en vigueur à partir de 2027 concernant l’importation ou la vente de véhicules connectés intégrant des technologies liées à la Chine ou à la Russie. Les logiciels et les systèmes de connectivité sont particulièrement sensibles à cet égard.
Stellantis devra donc trouver un équilibre entre réduction des coûts et respect des réglementations internationales. La manière dont les données seront traitées et stockées jouera un rôle crucial dans la suite des négociations.
Un tournant stratégique plus large
Sous la direction du CEO Antonio Filosa, Stellantis travaille à une réorientation plus globale de sa stratégie. Il est notable que le groupe adopte parallèlement une approche pragmatique dans d’autres segments. Aux États-Unis, le moteur Hemi V8 fait son retour chez Ram, tandis qu’en Europe des motorisations diesel sont à nouveau proposées sur des modèles tels que l’Opel Astra et la Peugeot 308. Une version hybride de la Fiat 500 est également prévue.
Cette évolution montre que Stellantis ne mise pas exclusivement sur une électrification totale, mais cherche avant tout des solutions rentables adaptées à chaque marché et segment. Une intégration plus poussée de la technologie Leapmotor s’inscrit dans cette logique pragmatique. Plutôt que d’investir des milliards dans de nouvelles plateformes électriques développées en interne, le groupe pourrait tirer parti de technologies déjà mises au point et évolutives en provenance de Chine.
Si un accord devait être conclu, il pourrait marquer un tournant majeur pour l’industrie automobile européenne. Alors que les marques chinoises ont ces dernières années surtout agi en tant que nouveaux challengers, les constructeurs européens pourraient désormais adopter eux-mêmes des technologies chinoises pour rester compétitifs. Pour le marché des voitures électriques abordables en Europe, les conséquences pourraient être considérables.