Polestar interdit de vente aux États-Unis dès l’année-modèle 2027, la marque mise davantage sur l’Europe
Malgré sa production américaine, Polestar sera évincé des États-Unis
Polestar ne pourra plus vendre de voitures neuves aux États-Unis à partir de l’année-modèle 2027. Les autorités américaines ont refusé d’accorder au constructeur de voitures électriques une exemption aux nouvelles règles visant les véhicules connectés liés à la Chine. Fait remarquable : Volvo, sa marque sœur, a obtenu cette autorisation quelques semaines plus tôt.
Les activités américaines de Polestar subissent un sérieux revers. Le département américain du Commerce a décidé de ne pas accorder à la marque d’autorisation spécifique dans le cadre de la nouvelle Connected Vehicle Rule. Polestar ne pourra donc plus commercialiser de nouveaux véhicules connectés sur le marché américain à partir de l’année-modèle 2027.
Cette réglementation cible les constructeurs automobiles détenus, contrôlés ou influencés par la Chine ou la Russie. Selon les autorités américaines, Polestar entre dans cette catégorie en raison de ses liens étroits avec le groupe chinois Geely Holding.
Le fait qu’une voiture soit produite aux États-Unis n’y change rien. La Polestar 3 assemblée en Caroline du Sud sera elle aussi concernée par l’interdiction de vente.
Volvo obtient pourtant le feu vert
La décision est d’autant plus surprenante que Volvo a reçu une autorisation spécifique quelques semaines auparavant. Volvo et Polestar partagent non seulement le même propriétaire final, mais produisent également des voitures dans la même usine de Ridgeville, en Caroline du Sud.
Après avoir obtenu son exemption, Volvo avait indiqué avoir mené des discussions constructives avec le département américain du Commerce concernant notamment sa gouvernance, ses technologies et la protection des données.
Les raisons pour lesquelles Polestar n’a pas satisfait aux exigences alors que Volvo y est parvenu ne sont pas connues. L’agence américaine chargée d’évaluer les demandes ne publie pas ses décisions individuelles.
La structure de propriété chinoise pénalise Polestar
Polestar a été créée en 2017 par Volvo Cars et Geely comme une marque haut de gamme indépendante spécialisée dans les voitures électriques. L’entreprise est cotée au Nasdaq depuis 2022 sous le symbole PSNY.
Depuis lors, son actionnariat s’est progressivement rapproché de la sphère de Geely. Volvo a réduit sa participation à environ 16 %. PSD Investment, la société d’investissement personnelle du fondateur de Geely, Li Shufu, détient pour sa part près de 44 % du capital.
Ensemble, Geely et Li Shufu contrôlent environ deux tiers de Polestar. La marque entre ainsi clairement dans la définition américaine d’un constructeur soumis à un contrôle chinois.
La production américaine n’offre aucune protection
Les nouvelles règles américaines ne se basent pas sur le pays dans lequel un véhicule est produit, mais sur l’identité de son propriétaire et sur la structure de contrôle du constructeur.
Cela crée une situation particulièrement étonnante dans l’usine de Ridgeville. La Volvo EX90 et la Polestar 3 y sont toutes deux assemblées. Grâce à l’autorisation obtenue par Volvo, l’EX90 pourra continuer à être vendue aux États-Unis. La Polestar 3, en revanche, sera interdite à partir de l’année-modèle 2027.
Plus tôt cette année, Volvo et Polestar avaient pourtant décidé de transférer l’intégralité de la production de la Polestar 3 vers la Caroline du Sud. La fabrication du modèle en Chine doit progressivement prendre fin.
Cette relocalisation devait notamment réduire l’exposition de Polestar aux droits de douane américains. Elle ne permet toutefois pas d’échapper à une réglementation fondée sur la propriété de l’entreprise plutôt que sur le lieu d’assemblage.
Quelles conséquences pour les clients américains ?
Polestar pourra continuer à vendre ses stocks actuels de Polestar 3 et de Polestar 4 aux États-Unis. La marque assure également que les propriétaires existants continueront à bénéficier d’un service après-vente et d’un accès au réseau d’entretien.
Aux États-Unis, Polestar s’appuie largement sur les infrastructures commerciales et techniques de Volvo. Pour les voitures déjà en circulation, les conséquences pratiques devraient donc rester limitées.
Les stocks de véhicules neufs finiront cependant par s’épuiser. Lorsque les versions correspondant à l’année-modèle 2027 devraient normalement arriver chez les concessionnaires, elles ne pourront plus être commercialisées. Polestar n’a pas précisé combien de temps ses stocks actuels permettront encore d’alimenter le marché.
La Polestar 2 avait déjà pratiquement disparu du marché américain. Produite en Chine, elle avait été fortement pénalisée par les droits de douane élevés imposés par les États-Unis.
L’Europe devient encore plus importante
Polestar présente ce revers américain comme une raison supplémentaire de renforcer sa présence dans d’autres régions. L’Europe est déjà de loin le principal marché de la marque et représente, selon l’entreprise, près de 80 % de ses ventes au détail mondiales.
« L’industrie automobile entre dans une nouvelle phase, déterminée par des dynamiques régionales », explique Michael Lohscheller, CEO de Polestar. « Notre stratégie reflète cette évolution, avec l’Europe comme principal moteur de croissance et notre projet de produire la Polestar 7 en Europe. »
Outre l’Europe, Polestar estime disposer d’opportunités de croissance en Asie du Sud-Est, en Europe de l’Est, en Amérique latine et au Canada. Ce dernier marché devient particulièrement important maintenant que les portes des États-Unis se fermeront à partir de l’année-modèle 2027.
Au premier trimestre 2026, environ 94 % des Polestar vendues l’ont été en dehors des États-Unis. Les immatriculations européennes ont notamment progressé au Royaume-Uni et en Allemagne, deux des principaux marchés de la marque sur le continent.
La Polestar 7 sera le premier modèle produit en Europe
La future Polestar 7, un SUV électrique compact, doit être produite en Europe. Il s’agira du premier modèle de la marque assemblé sur le continent européen.
Polestar prévoit également d’élargir sa gamme. Les livraisons de la Polestar 5, une grande routière électrique à quatre portes, doivent commencer durant l’été. Une nouvelle version de la Polestar 4 est attendue au second semestre, tandis qu’une Polestar 2 profondément remaniée est annoncée pour 2027.
La production actuelle de Polestar est répartie entre trois pays. La Polestar 2 est assemblée à Taizhou, en Chine. La Polestar 3 est produite à Ridgeville, aux États-Unis, tandis que la Polestar 4 sort de l’usine de Busan, en Corée du Sud, dans le cadre d’un partenariat entre Geely et Renault Korea.
Cette diversification internationale aide le constructeur à limiter l’impact des droits de douane. Elle ne lui permet toutefois pas de se protéger contre une règle américaine fondée sur le contrôle chinois de l’entreprise.
Les logiciels de Google ne changent rien
Sur le plan technologique, Polestar travaille en étroite collaboration avec Google. La marque utilise notamment Google Maps, Google Assistant et d’autres services dans ses systèmes multimédias, au lieu de développer l’ensemble de ses logiciels en interne.
Cette année, Polestar a également commencé à déployer l’assistant Gemini de Google dans sa gamme. La marque a par ailleurs été le premier constructeur automobile à intégrer le guidage de voie en temps réel de Google Maps directement dans l’écran du conducteur.
Cette technologie américaine n’a cependant pas permis à Polestar d’obtenir une exemption. La Connected Vehicle Rule ne tient pas seulement compte de l’origine du logiciel installé dans la voiture, mais également de la structure de propriété du constructeur.
La réglementation vise principalement à limiter les risques potentiels liés à la sécurité des données, à la connectivité des véhicules et aux fonctions de conduite automatisée. Les voitures modernes collectent et transmettent de grandes quantités d’informations, ce qui pousse les autorités américaines à considérer les véhicules connectés comme un possible enjeu de sécurité nationale.
Une croissance presque entièrement réalisée hors des États-Unis
Polestar a débuté l’année 2026 après avoir enregistré des ventes record. En 2025, son volume mondial a atteint environ 60.100 voitures, contre près de 44.900 exemplaires un an plus tôt.
Cette croissance provient toutefois presque entièrement des marchés situés en dehors des États-Unis. La perte du marché américain reste un revers stratégique et symbolique important, mais elle ne devrait pas nécessairement freiner l’expansion mondiale de Polestar.
Pour les clients européens, ce changement de stratégie pourrait même signifier que les futurs modèles, les investissements et les capacités de production seront davantage orientés vers l’Europe. Avec la production européenne annoncée de la Polestar 7, la marque semble déjà avoir choisi où se situera son avenir.
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